Les transformations au cœur du le bénévolat

La plupart des organismes sans but lucratif dépendent des bénévoles pour remplir leur mission. Ils apportent leur contribution de diverses façons, en siégeant au conseil d’administration, en fournissant des services, en partageant des compétences importantes, pour n’en nommer que quelques-unes. Nous pouvons parler de leur valeur en termes d’heures de travail, mais leur véritable valeur est qualitative. Elle réside dans la manière dont ils attirent la collectivité vers leur organisme, établissent des relations, soutiennent une cause ou des personnes spécifiques. Ils le font avec leur passion ou leur compassion, plutôt que parce que c’est leur travail. Le présent article examine la façon dont le bénévolat a évolué au cours des 25 dernières années à Montréal et ailleurs, et comment il a été récemment déstabilisé par la pandémie et ses effets persistants. Les bénévoles sont essentiels au fonctionnement et à la résilience de nos collectivités, et les tenir pour acquis se fait à nos risques et périls. Le bénévolat évolue rapidement, tout comme la société elle-même. Les organismes sans but lucratif doivent composer avec cette évolution et en comprendre l’impact.

C’est ma mère qui m’a initiée à l’action bénévole lorsque j’étais jeune adolescente. Une fois par semaine, pendant une année scolaire, j’ai joué le rôle de “candy striper” dans un hôpital général, en répondant aux besoins non-médicaux des patients. J’ai apprécié l’expérience, mais je n’ai pas voulu continuer. Après cette première expérience, j’étais plus motivée à consacrer mon temps, mon énergie et ma réflexion à diverses causes, ce qui a contribué de manière significative à mon éducation et à mon développement personnel. Je n’ai jamais cessé de faire du bénévolat, mais les choses ont évolué pour moi lorsque je suis entrée de façon officielle dans le domaine de l’engagement bénévole en 2001, en rejoignant l’équipe du Centre d’action bénévole.. Seize ans plus tard, j’ai rejoint Bénévoles Canada, l’organisme qui assure le leadership, l’expertise et la promotion du bénévolat à l’échelle nationale.

J’ai souvent pensé que le moment de mon réorientation professionnelle était de bon augure. 2001 était l’Année internationale des bénévoles, une année où tout le monde dans le secteur communautaire parlait de l’importance des bénévoles, où les gouvernements non seulement célébraient et reconnaissaient les bénévoles, mais investissaient également dans la recherche et dans le développement d’outils et de ressources pour les soutenir.

Le Centre d’action bénévole de Montréal a été le premier centre du genre au Canada, fondé en 1937. Il fait partie d’un réseau de centres au Québec et au Canada qui ont été créés pour répondre aux besoins et aux lacunes de la communauté en impliquant les citoyens locaux de diverses manières. Outre la promotion de l’action bénévole et le renforcement des capacités des organismes locaux, bon nombre de ces centres fournissent aujourd’hui des services directs et jouent un rôle de leadership important au sein de leur collectivité.

 

Quelques définitions

La façon la plus simple de définir le ” bénévolat ” est peut-être comme un geste ou une action qui est offert librement, sans récompense financière, et qui est destiné au bien-être d’une autre personne, d’une cause ou d’une collectivité.

Bien que cette définition couvre la plupart des activités de bénévolat, il existe des situations où les principes sous-jacents peuvent sembler flous ou nuancés, comme par exemple le “bénévolat” qui est :

  • requis à des fins académiques (pour l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires, pour l’admission à certains programmes, par exemple le baccalauréat international, l’école de médecine ou de droit, ou pour l’obtention de bourses d’études),
  • réalisé à titre du service communautaire effectué comme condition de la libération conditionnelle ou comme alternative à l’emprisonnement, ou
  • effectué dans le cadre de programmes d’entreprise ou d’autres programmes soutenus par l’employeur, dans lesquels les employés, individuellement ou en groupe, font une action commune tout en étant rémunérés.

Le bénévolat a été défini dans un rapport de Statistique Canada datant de 2021 comme suit :

… la participation d’une personne à une activité non rémunérée à laquelle elle prend part de façon intentionnelle dans le but d’offrir de l’aide. Le bénévolat peut concerner de nombreuses activités, et celles-ci peuvent se dérouler occasionnellement au cours d’une année donnée ou prendre la forme d’un engagement plus constant et continu, comme un engagement hebdomadaire pour une cause particulière. Le bénévolat présente des avantages pour des groupes, des personnes ou une collectivité. Il peut être effectué par l’intermédiaire d’organismes (bénévolat encadré) ou prendre la forme d’une aide directe, sans passer par l’entremise d’un organisme ou d’un groupe (bénévolat informel)

Le Bénévolat, ça compte : aide encadrée et aide informel informelle apportées par les Canadiens et les Canadiennes en 2018

 

Il s’agit du premier rapport au Canada qui reconnaît et suit le bénévolat informel, c’est-à-dire les personnes ou les groupes qui participent directement à une cause ou à l’aide aux personnes, sans passer par l’intermédiaire d’un organisme.

 

Pourquoi le bénévolat est-il important ?

Lorsque l’on est plongé dans l’engagement bénévole comme je l’ai été, il peut être facile de tenir pour acquis pourquoi c’est important et pour qui. Les employés permanents au sein des organismes communautaires disent souvent “Nous ne pourrions pas le faire sans eux” et ils ne parlent pas seulement de l’impact financier de l’engagement des bénévoles. Pour eux, la valeur est tout autre. Les bénévoles apportent tout ce qui est nécessaire – compétences, attention, patience, temps, connaissances, empathie – et le font parce qu’ils en ont envie. Ils amènent la sensibilité de la collectivité au sein de l’organismes, témoignant de ce qu’il fait, et ils jouent un rôle de gouvernance en tant que membres du conseil d’administration. Les bénévoles créent des liens dans une société de plus en plus déconnectée.

Sans bénévoles, il n’y aurait pas de secteur communautaire. En fait, plus de la moitié des 60 000 organismes à but non lucratif du Québec n’ont pas de salariés. Les organismes communautaires, dont beaucoup ont des budgets précaires, ont pour tâche de complémenter, d’enrichir le travail des gouvernements à tous les paliers et dans tous les domaines, y compris la santé et les services sociaux, les arts et la culture, les sports et les loisirs, l’éducation et la recherche, le droit et la défense des droits, le logement et le développement, l’environnement, les droits de la personne, le développement international et la philanthropie, et ils ne pourraient tout simplement pas le faire sans les bénévoles.

Même si les bénévoles ne sont pas rémunérés, ils apportent une contribution importante à l’économie – et c’est là un autre aspect de leur valeur, plus tangible pour certaines personnes. En 2017, la Conférence Board of Canada a estimé que les bénévoles ont ajouté plus de deux milliards d’heures de travail au Canada et ont contribué à la hauteur de 55,9 milliards de dollars, soit l’équivalent de 2,6 pourcent du PIB. Si le bénévolat était une industrie, il emploierait presque autant de personnes que le domaine de l’éducation. (La valeur du bénévolat au Canada)

Les bénévoles créent également de la valeur pour eux-mêmes. Ils acquièrent des compétences, améliorent leurs perspectives d’emploi et créent leurs propres réseaux sociaux et économiques. Les nombreux avantages du bénévolat pour les quartiers (capital social et cohésion sociale), les organismes (capacités accrues et compétences culturelles), les lieux de travail (amélioration de l’engagement des employés et de l’image publique de l’employeur) et la société dans son ensemble (amélioration des politiques publiques et de l’engagement des citoyens) sont de plus en plus reconnus.

 

Quelques statistiques et tendances

Les statistiques sur le bénévolat des personnes âgées de 15 ans et plus sont recueillies au Canada tous les cinq ans depuis 1997, dans le cadre de l’Enquête sociale générale sur le don, le bénévolat et la participation. À l’origine, l’enquête était réalisée tous les trois ans, puis tous les cinq ans, et il faut attendre au moins un an avant que les données soient analysées et publiées. Quel que soit le décalage, ces informations sont utiles pour l’analyse comparative et observer les tendances dans le bénévolat.

La pandémie a retardé davantage la publication de toutes les données de l’enquête la plus récente (2018). Lorsque les résultats ont finalement été publiés au printemps 2021, ils étaient très attendus, même s’ils ne contenaient que des informations collectées avant la pandémie. Les acteurs du secteur voulaient savoir si la tendance récente à la baisse des taux de bénévolat formel se poursuivait et voulaient également consulter les données sur le bénévolat informel.

Bénévolat formel et informel
En effet, la tendance à la baisse s’est poursuivie. Le nombre de bénévoles était presque le même que lors de l’enquête précédente (12,7 millions), représentant un pourcentage plus faible de la population adulte (41%, en baisse par rapport à 44%), et ils ont collectivement contribué à environ 1,7 milliard d’heures, en baisse par rapport à près de 2 milliards.

Si l’on additionne le bénévolat formel et informel, 79 % de la population canadienne âgée de 15 ans et plus fait du bénévolat formel ou informel, ou les deux. Au Québec, ce pourcentage est de 78 %.

C’est une bonne nouvelle pour le Québec. Dans toutes les enquêtes précédentes, le Québec était en bas de la liste en termes de nombre, de pourcentage et d’heures de bénévolat – certains pensent que c’est principalement parce que de nombreux Québécois considèrent leurs actions comme de l’entraide ou du bénévolat informel. Dans cette enquête, les Québécois, bien que toujours en queue de peloton en termes de bénévolat formel, sont en tête pour le bénévolat informel et se situent dans la moyenne pour ceux qui font du bénévolat formel et informel.

Ce que les organismes sans but lucratif (OSBL) doivent retenir de ces données, c’est qu’il y a moins d’intérêt pour le bénévolat structuré, géré ou à long terme, que ce soit au Québec ou ailleurs au Canada (et en fait dans le monde entier). Cette tendance s’est amorcée avant la pandémie et est maintenant bien ancrée.

En tant que société, nous ne pouvons pas considérer l’augmentation du bénévolat informel comme une mauvaise nouvelle, car elle témoigne de beaucoup de bonne volonté, de gentillesse et de générosité, et il faut s’en réjouir. Pour les OSBL, cependant, cette nouvelle réalité représente un défi. Si nombre d’entre elles ont adapté leurs programmes de bénévolat et leurs pratiques de recrutement pendant la pandémie, il est désormais évident que la situation n’a rien de temporaire. Pour que les organismes individuels et les communautés qu’ils servent puissent prospérer, le changement doit être soutenu.

Une autre première
Pour la première fois dans cette enquête, les données sont ventilées en cinq cohortes d’âge au lieu de simples tranches d’âge.

L’objectif est d’introduire la notion que les actions des personnes sont influencées dans une certaine mesure par les événements sociétaux et les expériences culturelles significatifs au cours d’une période donnée. Les cinq cohortes utilisées dans le rapport sont les suivantes :

  • Génération Internet (également appelée génération Z) : Nés entre 1996 et 2012 (âgés de 15 à 22 ans au moment de l’enquête).
  • Génération millénaire : Nés entre 1981 et 1995 (âgés de 23 à 37 ans)
  • Génération X : née entre 1966 et 1980 (38 à 52 ans)
  • Génération du baby-boom : Nés entre 1946 et 1965 (53 à 72 ans)
  • Génération silencieuse personnes d’âge mûr : Nés entre 1918 et 1945 (73 à 100 ans)

D’après les résultats, les jeunes cohortes ont tendance à se tourner vers l’action bénévole informelle et, bien que leur taux de bénévolat (pourcentage de bénévoles) soit plus élevé, elles donnent moins d’heures que les générations plus âgées. Les cohortes plus âgées ont tendance à s’orienter vers le bénévolat formel et, bien que leur taux de bénévolat soit plus faible, elles ont consacré plus d’heures à l’action bénévole.

Note : Le Centre canadien de connaissances sur les dons et le bénévolat est un nouveau site web qui rassemble des statistiques sur le don et le bénévolat. En tant que carrefour ou hub, il sera mis à jour au fur et à mesure que des données seront disponibles. Cet outil devrait s’avérer inestimable pour les personnes œuvrant dans le secteur sans but lucratif.

L’effet pandémique
Des enquêtes plus modestes, mais toujours statistiquement significatives, menées depuis 2019 au Canada et au Québec, ont montré que le bénévolat a été sérieusement déstabilisé au cours des années de pandémie. Dans un premier temps, les individus ont été incités à se mobiliser en masse ; les besoins étaient évidents et ils étaient nombreux à avoir du temps à consacrer puisque leur travail ou leurs études étaient en pause plus ou moins prolongée. Au début de la pandémie, jebenevole.ca, un site web créé par les centres d’action bénévole du Québec pour donner accès aux possibilités de bénévolat dans toute la province, s’est planté quelques heures après que le premier ministre ait encouragé les gens à s’inscrire.

Pendant la pandémie, les OSBL se sont montrés à la fois résilients et créatifs, n’annulant des services ou ne fermant que lorsque cela s’avérait absolument nécessaire. Le plus souvent, ils se sont démenés pour trouver du financement, ont recruté de nouveaux bénévoles, les ont formés tout en apprenant d’eux, et ont réussi à continuer à répondre à une demande de services en constante augmentation.

Entre-temps, de nombreux bénévoles âgés, qui constituent de loin la grande majorité d’entre eux dans notre société, ont constaté qu’ils devaient attendre trop longtemps avant d’être autorisés à reprendre le bénévolat ou de se sentir à l’aise pour le faire. Ils ont tout simplement décidé d’arrêter.

Les personnes âgées ne revenant pas, et les bénévoles enthousiastes de la pandémie étant rappelés au travail, à l’école ou à leurs responsabilités familiales, ou ayant plus d’options de loisirs, il restait moins de bénévoles pour les tâches requises. Certains bénévoles ont découvert à leur retour que leur activité précédente avait été transférée en ligne pendant la pandémie, ou qu’elle comportait désormais une composante en ligne, ce qui ne leur convenait pas. En raison de tous ces changements qui se croisent et se chevauchent, les organismes se sont retrouvés à la sortie de la pandémie avec une grave pénurie de bénévoles à un moment où la plupart d’entre eux avaient également du mal à trouver des employés rémunérés.

 

Autres tendances et facteurs ayant un impact sur l’engagement des bénévoles

Outre l’impact de la pandémie, de nombreux facteurs, tendances et pratiques sont apparus au cours de mon travail dans le secteur, certains facilitant l’engagement des bénévoles, d’autres y faisant obstacle. Vous trouverez ci-dessous six des facteurs les plus importants, ainsi que quelques-unes de mes réflexions sur leur signification pour le bénévolat.

La professionnalisation du bénévolat
La professionnalisation prend deux formes. Premièrement, l’engagement des bénévoles dans les OSBL est de plus en plus organisé et professionnalisé. Cela peut être une bonne chose : le personnel adopte des pratiques qui soutiennent mieux l’engagement efficace des bénévoles, prend conscience de l’importance d’avoir des politiques claires qui protègent à la fois les bénévoles et l’organisme, et apprend à évaluer l’impact des efforts des bénévoles. Mais cela peut aussi rendre leur travail et l’atmosphère plus bureaucratique et rendre l’action bénévole moins agréable et spontanée, plus proche d’un travail rémunéré. Cet aspect de la tendance peut certainement contribuer à une diminution du nombre de bénévoles formels. Les organisations doivent trouver un moyen d’équilibrer le maintien de niveaux appropriés de travail administratif et de risque tout en accordant un maximum de flexibilité et d’autonomie à leurs bénévoles.

La deuxième forme de professionnalisation est ce que l’on appelle le bénévolat de compétences. Des individus et parfois des groupes sont impliqués pour leurs compétences professionnelles afin d’entreprendre des tâches ou des projets, ou pour former les salariés des OSBL. Cette professionnalisation ne contribue pas à la diminution du nombre de bénévoles formels, mais permet aux bénévoles d’apporter leur contribution à court terme ou dans le cadre d’un projet, d’une manière qui leur est utile et satisfaisante. Elle permet également aux organismes d’accéder à de nombreuses compétences nécessaires et souhaitables pour mieux accomplir leurs missions.

Le bénévolat virtuel
Les bénévoles qui offrent leur temps et leur expertise à distance constituent une tendance de plus en plus répandue, mais qui n’est pas nouvelle. Depuis leur domicile ou leur bureau à Montréal ou ailleurs, ils peuvent participer à des fonctions de communication (rédaction, révision, traduction, arts graphiques, photographie, développement Web), effectuer diverses tâches de service direct par téléphone ou en ligne (visites amicales, tutorat, mentorat, formation aux aptitudes sociales, animation de groupes), participer à des campagnes de collecte de fonds, et bien d’autres choses encore. Au fur et à mesure que les organismes s’adaptaient aux conditions de la pandémie, certains services ont été mis en ligne et de nombreuses autres activités bénévoles sont devenues ce que l’on appelle “virtuelles”. Certains de ces services, mais pas tous, sont toujours en ligne, et les organismes trouvent d’autres moyens de faire participer les gens à distance. Le bénévolat virtuel est vivant et prospère.

Le bénévolat soutenu par l’employeur
Lorsque je suis arrivée au Centre d’action bénévole de Montréal, il n’était pas habituel pour les OSBL d’accueillir des groupes d’employés pour les aider ; en fait, de nombreux organismes étaient quelque peu cyniques à l’égard de cette pratique et ne considéraient pas qu’il s’agissait de bénévolat. Vingt-cinq ans plus tard, les entreprises et autres employeurs s’engagent couramment dans des projets de bénévolat collectif ou individuel afin d’investir dans les collectivités au sein desquelles ils opèrent. Les employeurs sont prêts à payer les coûts directement liés à l’activité, à payer les salaires des employés pendant le bénévolat et souvent à contribuer financièrement au temps, aux connaissances et aux compétences du personnel de l’organisme. Ils voient un double retour sur leur contribution : la bonne volonté de la collectivité et une meilleure fidélisation des employés.

Parallèlement à cette tendance, les employeurs reconnaissent de plus en plus la valeur de l’expérience bénévole. Il ne s’agit pas seulement d’un élément “agréable à avoir” sur un CV, ou d’une simple preuve du caractère et des valeurs d’une personne. Le bénévolat est également une preuve des compétences et de l’expérience acquises, en particulier du savoir-être. Cette reconnaissance s’est glissée dans le processus d’embauche, ainsi que dans les pratiques d’évaluation et de maintien en poste.

Les bénévoles ont des droits, mais aussi des responsabilités
Les bénévoles offrent leur temps, leurs compétences, leur présence, leur passion et bien d’autres choses encore. Mais vous en entendrez beaucoup dire : “Je reçois beaucoup plus que je ne donne !” Le bénévolat est une voie à double sens et il fonctionne mieux lorsque le va-et-vient est équilibré. Selon le Code canadien du bénévolat de Bénévoles Canada, les principes directeurs de l’engagement des bénévoles sont les suivants : les bénévoles ont des droits et les bénévoles ont des responsabilités. Les organismes doivent respecter ces droits, mais ils peuvent aussi attendre des bénévoles qu’ils assument leurs responsabilités.

Bien entendu, pour que ces principes soient respectés, les droits et les responsabilités doivent être explicites et reconnus par les deux parties. Un bon ensemble de politiques et de procédures relatives au bénévolat doit refléter ces principes simples et les implications qui en découlent pour l’organisme en question.

Au cours de mes années de consultation auprès d’organismes communautaires à Montréal, j’ai constaté que ce va-et-vient déséquilibré était au cœur de tous les problèmes signalés par les bénévoles ou les personnes qui travaillent avec eux.

L’avenir du bénévolat formel en question
Bien avant la pandémie, de nombreux programmes de bénévolat dans les OSBL étaient déjà confrontés à des problèmes de recrutement et de fidélisation. Les événements ponctuels et les projets à court terme sont devenus populaires, tout comme le micro-bénévolat, c’est-à-dire des projets très courts qui durent entre 10-15 minutes et quelques heures.

De plus, de moins en moins de bénévoles sont intéressés par un engagement à long terme. Beaucoup veulent découvrir d’autres organismes, d’autres causes, ou trouvent peut-être difficile d’intégrer un engagement à long terme dans leur vie bien remplie. Cette tendance est d’autant plus problématique que de nombreuses personnes âgées ne sont pas revenues après la pandémie.

En outre, d’autres types d’engagement moins formels ont continué à gagner en popularité, par exemple l’implication directe par le biais de groupes en ligne ou de voisinage, les pétitions, les collectes de fonds, les campagnes sur les médias sociaux et, bien sûr, l’intervention directe dans les situations d’urgence. Ce bénévolat informel est en soi positif, comme indiqué ci-dessus, mais pas lorsqu’il se fait au détriment des OSBL, qui dépendent fortement des bénévoles.

En fait, il y a plus de bénévoles potentiels qu’il n’en faut à Montréal. Afin de relever le défi de trouver un nombre suffisant de bénévoles appropriés, les organismes doivent donner la priorité à l’engagement des bénévoles à un niveau stratégique et se concentrer sur trois fronts.

  1. Communication : devenir des conteurs convaincants, expliquer leur mission et leur impact de manière à attirer les bénévoles d’aujourd’hui, et développer leur savoir-faire en matière de médias sociaux.
  2. Intégration : être ouvert et inclusif dès le premier contact avec les bénévoles, chercher à comprendre leurs motivations et leurs attentes, et être clair sur les objectifs et les attentes de leur propre organisme.
  3. Opérations : trouver un équilibre sûr et durable entre flexibilité et structure.

Les organismes qui sont conscients de ces diverses tendances seront ceux qui réussiront le mieux dans leur recrutement, même en ces temps difficiles. Ils seront plus portés à développer des types d’opportunités qui leur permettent d’engager des bénévoles à distance lorsque c’est approprié, de rechercher des bénévoles spécifiquement pour des événements et de recruter des bénévoles qui souhaitent offrir leurs compétences de manière ponctuelle ou dans le cadre d’un projet. Ils trouveront également des personnes qui seront heureuses de devenir des “habitués”. Ils sauront que le bénévolat est une voie à double sens et adopteront une approche équilibrée qui permettra à ces “habitués” de rester plus longtemps.

L’obstacle peut-être le plus important
On suggère depuis longtemps aux immigrants et aux autres nouveaux arrivants de faire de l‘action bénévole pour apprendre à connaître leur nouvel environnement et s’y intégrer, qu’il s’agisse d’une grande ville comme Montréal, d’une petite ville ou d’un nouveau quartier. En fait, il s’avère souvent un moyen de rencontrer des gens à des fins sociales et professionnelles, de mieux comprendre la culture locale, d’apprendre la langue et de trouver les informations et les ressources dont ils ont besoin. De nombreux organismes font état d’un nombre élevé d’immigrants dans leurs rangs de bénévoles, les plus importants étant, sans surprise, ceux qui sont chargés d’établissement ou qui œuvrent au sein des communautés culturelles.

Il existe cependant un problème plus fondamental d’inclusion au sein du secteur communautaire dans son ensemble à Montréal et au Québec, ainsi que dans l’engagement bénévole. Nous ne sommes pas à l’abri des obstacles à la diversité, à l’équité et à l’inclusion qui existent dans notre société et qui deviennent de plus en plus visibles. Outre les origines historiques et culturelles de certains organismes et institutions communautaires d’ici, le bénévolat lui-même est une structure blanche et coloniale dont les fondements sont souvent implicites et non reconnus. De nombreuses cultures ont des pratiques d’entraide et de soutien mutuel, mais celles-ci ne sont pas reconnues comme du bénévolat par la culture dominante et le terme lui-même ne trouve pas d’écho auprès des personnes issues de toutes les cultures.

Les organismes ont du pain sur la planche s’ils veulent créer un environnement véritablement accueillant et inclusif pour les salariés, les bénévoles et les conseils d’administration. Cette question complexe et l’histoire qui la sous-tend sont de plus en plus connues. Je suis encouragée de voir que certains organismes examinent en profondeur leurs pratiques et les modifient. D’autres prendront plus de temps, tout comme les systèmes politiques, sociaux et philanthropiques avec lesquels elles sont nécessairement interconnectées.

 

Quelques réflexions en guise de conclusion

Les femmes qui ont fondé le Centre d’action bénévole de Montréal il y a 85 ans auraient été stupéfaites de voir ce que les bénévoles d’aujourd’hui font et comment ils le font. Les bénévoles de 2001, l’année où j’ai commencé à travailler au centre, seraient également très surpris. L’action bénévole a toujours évolué et continue de le faire. Le rythme s’accélère simplement.

Comme indiqué dans l’introduction de cet article, les bénévoles sont essentiels au fonctionnement et à la résilience de nos communautés. La résilience est un mot que nous entendons fréquemment, que ce soit en référence à la rénovation urbaine, à l’amélioration de l’économie, à la réconciliation entre les peuples autochtones et non autochtones, au rétablissement de l’environnement, à la lutte contre la crise de la santé mentale, et la liste est encore longue.

Le secteur communautaire montréalais est solide et de nombreux OSBL s’adaptent de plus en plus intelligemment à l’environnement difficile dans lequel ils évoluent. Les bénévoles ne sont pas la seule réponse à ce à quoi ils sont confrontés, bien sûr, mais pour contribuer de manière significative aux crises et aux processus mentionnés ci-dessus, les organismes ont plus que jamais besoin de bénévoles. D’importants investissements en ressources financières et humaines sont nécessaires et doivent être priorisés par les conseils d’administration et les directions générales. Le secteur public et les institutions philanthropiques ont également un rôle à jouer. Ils pourraient reconnaître officiellement l’énorme contribution des bénévoles et trouver des moyens de fournir ou de soutenir l’infrastructure nécessaire aux organismes pour les déployer. Sinon, comment pourront-ils continuer à produire les miracles qu’ils font ?

Alison Stevens

Alison Stevens

Ancienne directrice générale Centre d'action bénévole de Montréal Spécialiste, les centres d’action bénévole et lengagement des bénévoles Bénévoles Canada